The Wire (HBO, 2002 – 2008) : Analyse du générique

Note: L’analyse qui suit est une réécriture d’un exposé oral soutenu dans le cadre de mon master.

The Wire est une série HBO diffusée de 2002 à 2008. Le programme a principalement été écrit par David Simon, ancien journaliste au Baltimore Sun et auteur de Homicide: A Year on the Killing Streets, Homicide: Life on the Street et The Corner: A Year in the Life of an Inner-City Neighborhood. La popularité de ces livres, riches et documentés, a mené à la création des séries télévisées à succès que sont Homicide: Life on the street (NBC, 1993-1999), The Corner (HBO, 2000) et, plus tard, The Wire (HBO, 2002-2008). Cette dernière fait le portrait du trafic de drogue et de la lutte contre la criminalité dans la ville de Baltimore. Je ne parlerai pas ici de l’intrigue de la série qui s’étale sur cinq saisons et 60 épisodes et proposerai plutôt une courte présentation de son générique de début afin de montrer en quoi il est un parfait résumé de ce qu’offre The Wire non seulement d’un point de vue esthétique mais aussi idéologique. Je soulignerai en quoi ce générique est représentatif de la richesse mais aussi des contradictions d’une œuvre de fiction qui choisit d’afficher un certain réalisme.

The Wire - Opening credits (season 1)

Cliquez pour visionner le générique.

Comme nous pouvons le voir, le générique consiste en une rapide succession d’extraits de la série. En 1 minute 30, plus de 60 plans (dont le plus long n’atteint pas les 5 secondes) s’enchaînent sans la moindre transition. La majorité d’entre eux sont des gros plans qui confèrent l’idée que tout dans la série sera scrupuleusement observé et détaillé. Ce choix esthétique donne l’impression d’un monde dense.

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De par la technologie utilisée (type de téléphone portable et modèles de voitures notamment), nous pouvons déterminer que l’action se situe au début des années 2000. Les rues, les hangars, le tribunal ou encore, de façon plus explicites, les inscriptions sur le badge de police, les formulaires ou la voiture de police ne laissent planer aucun doute quant à l’encrage géographique dans la ville de Baltimore. Il est intéressant de souligner qu’à l’exception de photos apposées sur des compte rendus d’arrestations ou ayant pour origine des séances de surveillance, aucun visage n’est réellement montré dans sa totalité. Nous ne pouvons dès lors que deviner des silhouettes issues de deux mondes distincts: celui de la police et celui des criminels.

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En effet, toutes les images peuvent être rattachées aux thèmes du trafic de drogue (fabrication, vente, consommation, morts par overdose, meurtres ou tentatives d’échapper à la police) ou de la lutte contre le crime (surveillance, enquête, planque, pose de micro, arrestations et travail administratif). Nous passons rapidement de l’une à l’autre dans ce qui semble être un interminable jeu de cache-cache. Cet affrontement prend même une allure de combat entre le bien et le mal dans son association à la chanson de Tom Waits. Way down in the whole souligne en effet la lutte entre Dieu et le Diable qu’il faut garder loin, tout au fond du trou.

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Cette succession brutale d’images donne pourtant la sensation d’une fusion de ces deux univers. Les images choisies sont sombres et sinistres, d’un contenu souvent brutal. Nous ne pouvons identifier le moindre personnage. A l’exception des noms des acteurs qui défilent, il n’y a pas de réelle distinction entre les protagonistes qui sont donc, de la sorte, réduits à leurs fonctions basiques: policiers ou criminels. Cependant, les images étant extraites de la série, les téléspectateurs apprendront progressivement à découvrir qui est qui au fur et à mesure que la série se dévoilera.

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Cette absence d’identification ainsi que la multiplication des images présentant du matériel d’enregistrement audio ou vidéo ou les scènes vues par le biais de ce même matériel (caméra de surveillance, appareil photos…) nous installent dans le rôle de spectateurs extérieurs de ce monde dur et violent où la guerre contre le crime semble sans fin. L’abondance d’équipement audiovisuel nous laisse croire que nous allons assister à une sorte de documentaire réaliste. Toutefois, elle nous dévoile le paradoxe de la série puisque ce sont ces mêmes outils (micro, caméra …) qui permettent la mise en scène de la série. Quelle que soit la quantité d’information et son degré de réalisme, The Wire reste une série de fiction, une œuvre brillante portée par des acteurs charismatiques (cruellement absents du générique) et par une grande finesse dans l’écriture.

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