Borgia (Canal +, 2011 – 2014) : Proposition d’une extension transmédia

Note: L’essai suivant a été réalisé dans le cadre du MOOC « Comprendre le Transmédia Storytelling« . Il s’agissait d’imaginer une extension transmédia pour une série télé de son choix.

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La série Borgia (Canal+, 2011-2014) décrit les jeux de pouvoir qui accompagnent le règne du Pape Alexandre entre 1492 et 1507. Si ses principaux protagonistes sont les membres de la famille Borgia, le programme offre également de nombreux personnages secondaires qui semblent chercher eux-aussi à accroître leur influence par tous les moyens possibles et imaginables. Les manipulations politiques, alliances, complots, conspirations, trahisons et coups du sort s’enchaînent si rapidement qu’il n’est pas rare d’oublier le nom ou la fonction des divers protagonistes. Ceci est d’autant plus vrai qu’en ces temps troublés, les titres et les territoires se gagnent aussi rapidement qu’ils se perdent. Le choix scénaristique de privilégier le point de vue des Borgia permet aux téléspectateurs de mieux les comprendre mais ne laisse qu’entrevoir les motivations et le passé des autres acteurs de ce drame historique. Pourtant, c’est bel et bien le contexte individuel de ces hommes et de ces femmes de pouvoir qui forgera l’Europe du XVe et du XVIe siècle.

Le projet transmédia présenté ici a pour but de prolonger l’expérience narrative de Borgia en l’enrichissant de contenu complémentaire qui, sans être essentiel, apporte un autre regard sur la série. Il s’agit de proposer un outil dans lequel les téléspectateurs pourront à loisir piocher des informations sur les différents personnages quand le besoin s’en fera ressentir.

La stratégie proposée est celle de l’édition d’un livre de fiction qui se voudrait être les Mémoires secrets de Guiliano Della Rovere. Principal adversaire de Rodrigo Borgia dans la course à la tête de l’Église, ce cardinal est conseiller privilégié du roi de France et est, de ce fait, l’un des hommes les plus influents de l’univers de la série. Il devient d’ailleurs lui même Pape en 1503. Tel qu’il est présenté dans les épisodes, Della Rovere a accès à une quantité impressionnante d’informations. Dès lors, pourquoi ne pas l’imaginer compiler ces précieux renseignements sur ses potentiels alliés ou ennemis dans sa course vers la papauté ?

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Ces mémoires rédigés du point de vue de l’ennemi des Borgia, seront organisés chronologiquement, adoptant la même logique narrative que la série. A chaque épisode correspondra donc une entrée de ce « journal secret». Ainsi, les informations retenues seront disséminées de façon contrôlée et de manière à mettre les lecteurs à l’abri de possible spoilers. Le contenu supplémentaire pourra aller du contexte général des personnages mentionnés à la simple anecdote culturelle. Puisque nous pouvons envisager des Mémoires comme le reflet d’une époque, il sera possible d’y glisser ça et là des allusions à des faits historiques ou à des œuvres culturelles contemporaines des événements décrits. Les lecteurs curieux pourront alors enrichir leurs connaissances sur la période couverte par le récit ou chercher à en découvrir plus par eux-mêmes.

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En privilégiant un medium basé sur le papier, cette stratégie transmédia respecte l’atmosphère de l’époque du récit. C’est en effet à cette période que la calligraphie cède peu à peu le pas à l’imprimerie (comme ne manque pas de le souligner la série). Il faudra alors privilégier pour la confection de cet objet un papier d’aspect ancien aux feuilles jaunies et une police rappelant l’écriture manuscrite. Il est possible d’envisager le même type de travail sur la couverture de l’ouvrage de manière à donner l’impression que celui-ci à traversé les siècles. Loin d’être anodin, ce souci du détail ancrera davantage le récit raconté par la série et les Mémoires dans une illusion d’authenticité que recherchent fort probablement les fans de la série.

Le choix de Della Rovere comme auteur de cet ouvrage offre également la possibilité de jouir d’un ton différent de celui de la série sans en être incompatible. Présenté comme acerbe et cynique, il bénéficiera ainsi d’un nouvel espace pour asséner ses « piques assassines » ce qui accentuera sa délicieuse antipathie aux yeux de ceux qui auront vécu l’intégralité de l’expérience transmédia.

De fait, ce projet a pour but d’étendre la narration, de franchir des portes ouvertes dans la série sans pour autant nuire à l’œuvre originale. Il est à voir comme un approfondissement qui, sans être indispensable, enrichit la série Borgia. Sa principale faiblesse réside probablement dans sa faible portée. Le nombre de téléspectateurs susceptibles de se laisser tenter par l’achat d’un tel ouvrage étant probablement réduit. Pour cette raison, il serait judicieux d’offrir les Mémoires comme un cadeau bonus et de les d’inclure, par exemple, dans l’édition intégrale de la série en DVD. Les potentiels acheteurs y verront l’opportunité d’aller plus loin dans leur découverte de l’histoire sans se sentir contraints. L’objet pourra alors trouver une place tant logique que symbolique aux côtés de l’œuvre originale sur les rayons d’une étagère scellant définitivement leur complémentarité.

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