Chronique: Suprême d’Alan Moore

BED : Robbie Williams – Supreme Instrumental

Chronique : Suprême

Parce qu’ils en sont des versions déformées, des hommages, des parodies, des plagiats ou des ré-écritures modernes… nombre de personnages de comic books doivent leur existence à Superman.

Superboy, Sentry, Invincible, ou bien Mr Majestic sont des exemples de variations sur le thème de l’homme à la cape rouge, tout comme celui dont nous allons parler aujourd’hui.

On prend Superman, on remplace les cheveux noirs et le bleu du costume par du blanc, on efface le S mais on garde le blason et la cape rouge, et on obtient Suprême.

Suprême est le fruit de l’imagination de Rob Liefeld, le papa de X-Force et de Deadpool. Liefeld c’est un grand ado qui fait une fixette sur la bagarre, les gros musc’, les armes et les femmes en mode bimbos siliconées. Pour toutes ces raisons, je ne me suis pas pris la tête à lire les premiers épisodes de Suprême quand ils sont sortis.

Pourtant, Comme PopCie est une émission avec un certain standing et que ses auditeurs sont habitués à de la qualité, j’ai quand même fait mes recherches.

Suprême apparaît pour la première fois dans les pages de Youngblood en 1992 et ses origines sont plus ou moins compliquées puisqu’elles changent à plusieurs reprises. D’abord Ange vengeur hyper violent et égocentrique, puis résultats d’expériences façon Captain América pendant la seconde guerre mondiale, schizophrène , le personnage principal meurt puis revient à la vie plusieurs fois à moins que ce ne soit une version alternative… En résumé, C’est un gros bazar qui va quand même tenir 40 épisodes.

Pourquoi vous parler de ce personnage s’il est si nul que ça ?

En 1996, Liefeld propose à Alan Moore de reprendre en main le scenario de Suprême. Moore est considéré par beaucoup comme un dieu du comics, c’est le créateur, entre autres de V pour Vendetta, des Watchmen, de From Hell.. bref, c’est pas un rigolo. Le scénariste accepte, à condition d’avoir le contrôle absolu sur ce héros. Moore va alors délivrer une master class en montrant comment on écrit un personnage à la Superman! Pour cela, il inscrit le processus de ré-écriture comme un élément scénaristique. En résumé, Moore va montrer les ficelles qu’il va tirer.

L’histoire commence lorsque Suprême revient de l’espace et découvre une Terre qui n’est pas exactement celle qu’il avait laissée derrière lui. Elle oscille entre deux versions d’elle-même qui se superposent, comme si l’univers hésitait entre ce qui a été et ce qui aurait pu être. Cet événement étrange est appelé le flottement.

Le flottement impacte aussi le héros qui souffre d’amnésie… que lui arrive-t-il ? Il n’a pas vraiment le temps de trouver de réponses car il est assailli par des individus qui lui ressemblent quelque peu. Il y a Suprême Origins, qui ne vole pas mais fait des bonds, Sister Suprême, une afro-américaine tout droit sortie des années 70, Supérion, qui vient du futur et Squeak, la Suprême Mouse… oui ! oui, une version souris de Suprême.

Toutefois, il s’avère que ces nouveaux venus ne sont pas réellement hostiles. Ils ont pour mission de profiter du flottement pour amener notre héros à Supremacy, une dimension entièrement consacrée à Suprême et à ses différentes incarnations oubliées. Il y fait la connaissance d’une foule de version alternatives de lui même. Toutes sont réunies pour célébrer son arrivée en tant que Nouveau Suprême et le préparer à l’événement majeur qui suivra le flottement, la redéfinition.

Dans les comics, quand un personnage est présent depuis des dizaines d’années comme c’est le cas de Superman, il est fréquent que des auteurs entreprennent d’actualiser ses origines pour qu’elles restent au goût du jour. L’ancienne version disparaît au profit de la nouvelle. Et c’est exactement ce qui est en train de se produire avec Suprême.

En créant Supremacy, Moore va inventer un endroit qui symbolise l’imaginaire collectif. Il va pouvoir y laisser symboliquement de côté tous les éléments qui ne serviront pas son récit. Au placard les vieux concepts !

En contre-partie, il va se servir du lieu pour implanter de nouveaux éléments au détour de phrases prononcées par les autres Suprêmes ou de détails cachés dans le dessin.

De cette manière, Moore va construire la nouvelle mythologie du personnage. Littlehaven, le Supremium, et Darius Dax… ces noms sont lancés au personnage et aux lecteurs comme autant d’indices de ce qui fait l’essence des autres Suprêmes et de ce qu’il faut attendre dans ces nouvelles aventures.

A la fin du premier épisode, la période de flottement touche à sa fin et la redéfinition va pouvoir commencer. Suprême retourne sur Terre ou il va découvrir sa nouvelle vie. Enfin, la vie qu’il a toujours eu mais dont il ne se rappelait plus et que le lecteur va découvrir en même temps

que lui. Dans les épisodes suivant, chaque nouveau « souvenir » sera présenté sous forme de flash backs, et sera directement intégré dans l’histoire.

Alan Moore va rester 22 épisodes sur la série et remporter l’Eisner Awards du meilleur scénariste en 1997. L’intégralité de ce run a été publié en France dans Suprême Tome 1 et 2 parus Chez Delcourt en 2004 et 2009 et je vous en recommande vivement la lecture.

Retrouvez le Podcat de l’émission de Popcie consacrée à Superman ici: https://ouest-track.com/podcasts/popcie-268/popcie-superman-6160

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